Le Maître de Cabestany n'a rien signé et n'apparaît dans aucun document d'archives. Son œuvre a été reconstituée uniquement par l'analyse du style. Les inventaires actuels lui attribuent, à lui ou à son atelier, plus d'une centaine de pièces réparties sur un vaste territoire. Voici les principaux sites, pays par pays.
Comment attribue-t-on une œuvre au Maître ?
En l'absence de signature, les historiens de l'art comparent des détails récurrents : visages triangulaires au front bas, yeux en amande accompagnés de trous de trépan, oreilles placées haut, doigts très longs, drapés aux plis multiples, foisonnement autour des figures principales. Lorsque ces traits se retrouvent ensemble, l'attribution est proposée. Certaines œuvres sont considérées comme de sa main, d'autres comme le travail d'un atelier ou de suiveurs, et quelques attributions restent discutées.
En France : Pyrénées-Orientales
- Cabestany, église Notre-Dame-des-Anges : le tympan consacré à la Vierge, œuvre éponyme.
- Le Boulou, église Sainte-Marie : la frise du portail occidental, avec notamment des scènes de l'enfance du Christ.
- Passa, prieuré du Monastir del Camp : des chapiteaux du portail occidental, attribués à l'atelier.
En France : Aude
- Rieux-Minervois, église de l'Assomption : les chapiteaux de cette église à plan centré, célèbre pour sa rotonde. Certains chercheurs pensent que le Maître a pu en être aussi le maître d'œuvre.
- Saint-Hilaire, abbaye : le sarcophage-reliquaire de saint Saturnin (saint Sernin), qui illustre le martyre du premier évêque de Toulouse.
- Saint-Papoul, ancienne abbaye-cathédrale : chapiteaux et modillons du chevet, dont Daniel dans la fosse aux lions. Voir notre article sur l'abbaye de Saint-Papoul.
- Lagrasse, abbaye Sainte-Marie : des fragments d'un portail disparu, parfois attribués à l'atelier plutôt qu'au Maître lui-même.
En Espagne : Catalogne et Navarre
- Sant Pere de Rodes (Catalogne) : des fragments du portail, aujourd'hui détruit, de l'église abbatiale. Un relief provenant de ce site est conservé au musée Frederic Marès de Barcelone.
- Gérone, monastère de Sant Pere de Galligants : certains chapiteaux.
- Errondo (Navarre) : un tympan, aujourd'hui conservé aux États-Unis dans les collections des Cloisters, la section médiévale du Metropolitan Museum of Art de New York.
En Italie : Toscane
- Abbaye de Sant'Antimo, près de Montalcino : un chapiteau de la nef représentant Daniel dans la fosse aux lions. Voir notre article sur l'abbaye de Sant'Antimo.
- San Giovanni in Sugana : une colonne sculptée de scènes de la Nativité et de l'enfance du Christ, conservée au musée d'art sacré de San Casciano in Val di Pesa.
- Prato, cathédrale Santo Stefano : deux chapiteaux zoomorphes du cloître.
Les musées qui conservent des œuvres du Maître
Une partie de l'œuvre a quitté son lieu d'origine. Le tympan d'Errondo, en Navarre, a rejoint au XXe siècle les collections des Cloisters à New York, la section consacrée à l'art médiéval du Metropolitan Museum of Art. À Barcelone, le musée Frederic Marès conserve un relief provenant de Sant Pere de Rodes. En Toscane, la colonne de San Giovanni in Sugana est exposée au musée d'art sacré de San Casciano in Val di Pesa.
Cette dispersion rend difficile la comparaison directe des œuvres. C'est l'une des raisons d'être du Centre de sculpture romane de Cabestany, qui présente des reproductions réalisées par moulage sur les originaux, afin de rassembler en un même lieu la quasi-totalité des œuvres connues du Maître : voir la page Le Centre de sculpture.
Un sculpteur itinérant ?
La dispersion de ces œuvres pose une question centrale : le Maître a-t-il voyagé de chantier en chantier, ou des sculptures ont-elles été exportées ? La première hypothèse est la plus souvent retenue. Elle s'accorde avec ce que l'on sait des sculpteurs romans, qui se déplaçaient au gré des commandes des abbayes et des évêques. Les liens entre monastères, notamment entre la Catalogne, le Languedoc et l'Italie, ont pu favoriser ces déplacements.
L'ordre chronologique de ces œuvres reste discuté. Certains chercheurs placent les œuvres toscanes au début de sa carrière, d'autres à la fin. Les correspondances de sujets (l'Assomption à Cabestany et à Rieux-Minervois, Daniel à Saint-Papoul et à Sant'Antimo, la Nativité au Boulou et à Sugana) aident à relier les sites entre eux, sans permettre de fixer une chronologie certaine.
Préparer un itinéraire
Les sites français se prêtent à un circuit de quelques jours entre le Roussillon et l'Aude : Cabestany, Le Boulou et Passa côté Pyrénées-Orientales, puis Saint-Hilaire, Rieux-Minervois, Lagrasse et Saint-Papoul dans l'Aude. Côté catalan, Sant Pere de Rodes domine la baie de Port de la Selva, non loin de la frontière. Les conditions de visite (horaires, accès aux églises, visites guidées) varient selon les sites et les saisons : renseignez-vous auprès des offices de tourisme et des gestionnaires de chaque monument avant de partir.
Pour aller plus loin sur les supports sculptés, lisez notre guide du chapiteau roman et notre dossier général sur la sculpture romane.
Questions fréquentes
Combien d'œuvres sont attribuées au Maître de Cabestany ?
Plus d'une centaine de pièces sont attribuées au Maître ou à son atelier, selon les inventaires récents. Certaines attributions restent discutées.
Dans quels pays voir ses œuvres ?
En France (Pyrénées-Orientales et Aude), en Espagne (Catalogne et Navarre), en Italie (Toscane) et aux États-Unis, où le tympan d'Errondo est conservé à New York.
Pourquoi l'appelle-t-on Maître de Cabestany ?
Parce que son nom réel est inconnu. Les historiens l'ont désigné d'après le tympan de l'église de Cabestany, l'œuvre à partir de laquelle son style a été identifié.
SUR LES PAS DU MAÎTRE DE CABESTANY
