L'expression « art roman » a été forgée au XIXe siècle par des érudits qui voyaient dans ces églises une forme dérivée de l'architecture romaine, comme les langues romanes dérivent du latin. Elle désigne l'art de l'Occident chrétien entre le début du XIe siècle et le milieu ou la fin du XIIe siècle, selon les régions. Voici comment le reconnaître.

Repères chronologiques

  • Vers l'an mil : multiplication des chantiers d'églises. Dans les Pyrénées et en Catalogne se développe ce que l'on appelle le « premier art roman », aux murs de moellons décorés de bandes et d'arcatures dites lombardes. L'abbaye de Saint-Martin-du-Canigou, consacrée au début du XIe siècle, en est un exemple.
  • XIe siècle : maîtrise progressive de la voûte de pierre, essor de la sculpture monumentale.
  • Vers 1100-1150 : apogée, avec les grandes abbatiales et les églises de pèlerinage.
  • Milieu du XIIe siècle : apparition de l'architecture gothique en Île-de-France, tandis que l'art roman se prolonge dans le Midi et dans de nombreuses régions jusqu'à la fin du siècle, voire au-delà.

Les caractéristiques de l'architecture romane

La voûte de pierre

Le grand défi des bâtisseurs romans est de couvrir les églises d'une voûte de pierre, moins vulnérable aux incendies que les charpentes. La voûte en berceau, demi-cylindre continu, et la voûte d'arêtes, issue du croisement de deux berceaux, sont les solutions les plus répandues. Certaines régions privilégient les coupoles, comme en Périgord.

Des murs épais et des contreforts

La voûte pousse les murs vers l'extérieur. Pour lui résister, les murs sont épais et renforcés par des contreforts. Les ouvertures restent limitées pour ne pas les affaiblir : l'intérieur est souvent sombre, ce qui accentue le contraste avec la lumière filtrant par quelques baies.

L'arc en plein cintre

Les arcs romans sont le plus souvent en demi-cercle. On le retrouve dans les portails, les fenêtres, les arcades de la nef et les galeries de cloître.

Le plan et le chevet

Le plan en croix latine domine, avec une nef, un transept et un chœur. Les églises de pèlerinage, comme Saint-Sernin de Toulouse ou Sainte-Foy de Conques, adoptent un déambulatoire avec chapelles rayonnantes, qui permet aux fidèles de circuler autour du chœur et des reliques. Il existe aussi des plans centrés, comme la rotonde de Rieux-Minervois, dans l'Aude.

Les caractéristiques de la sculpture romane

La sculpture est intégrée à l'architecture : elle se concentre sur les portails (tympans, linteaux, voussures), les chapiteaux et les modillons. Elle obéit à la « loi du cadre », pratique une hiérarchie des tailles et stylise les formes : drapés en plis réguliers, visages schématiques, gestes expressifs. Le tympan de Cabestany et les chapiteaux romans en offrent de bons exemples. Notre dossier sur la sculpture romane développe ces points.

La peinture romane

Les églises romanes étaient peintes, souvent du sol à la voûte. Les ensembles conservés, comme celui de Saint-Savin-sur-Gartempe en Poitou ou les peintures catalanes aujourd'hui rassemblées en grande partie au musée national d'Art de Catalogne à Barcelone, montrent des couleurs franches, des contours appuyés et des figures frontales. L'enluminure des manuscrits partage le même vocabulaire formel.

Tableau comparatif : art roman et art gothique

CritèreArt romanArt gothique
Période (France)XIe siècle - milieu ou fin du XIIe siècleMilieu du XIIe - XVe siècle
ArcEn plein cintre (demi-cercle)Brisé (en tiers-point)
VoûteEn berceau, d'arêtes, coupolesSur croisée d'ogives
MursÉpais, contreforts massifsAllégés, arcs-boutants
LumièreOuvertures réduites, intérieur sombreGrandes verrières, vitraux
ÉlévationHorizontalité, volumes trapusVerticalité, élan vers le haut
SculptureSoumise au cadre, styliséePlus naturaliste, statues-colonnes puis statues détachées
ExemplesConques, Moissac, Saint-Sernin de ToulouseSaint-Denis, Chartres, Reims, Amiens

Attention toutefois aux oppositions trop schématiques : de nombreux édifices mêlent les deux styles, et le passage de l'un à l'autre s'est fait progressivement, à des rythmes différents selon les régions.

L'art roman dans le Midi

Le Languedoc, le Roussillon et la Catalogne conservent un patrimoine roman exceptionnel : abbayes de montagne, cloîtres sculptés, églises rurales. La proximité de carrières de marbre et les échanges entre monastères des deux côtés des Pyrénées y ont favorisé une sculpture d'une grande qualité, dont l'œuvre du Maître de Cabestany est l'un des sommets. Pour découvrir ses réalisations, consultez notre inventaire des œuvres du Maître.

Questions fréquentes

Quelles sont les dates de l'art roman ?

En France, l'art roman s'étend du début du XIe siècle au milieu du XIIe siècle dans le nord, et souvent jusqu'à la fin du XIIe siècle, voire au-delà, dans le Midi.

Comment reconnaître une église romane ?

Par ses arcs en plein cintre, ses murs épais renforcés de contreforts, ses ouvertures étroites et ses voûtes en berceau ou d'arêtes.

Pourquoi dit-on « roman » ?

Le terme a été créé au XIXe siècle par analogie avec les langues romanes : cet art était perçu comme dérivé de l'architecture romaine.