Isolée parmi les oliviers et les cyprès, au sud de Montalcino, l'abbaye de Sant'Antimo est l'un des édifices romans les plus admirés d'Italie. Pour les amateurs de sculpture romane du Midi de la France, elle a un intérêt particulier : un de ses chapiteaux est attribué au Maître de Cabestany, ce qui en fait l'un des jalons de son parcours italien.

Situation

L'abbaye se trouve sur le territoire de la commune de Montalcino, dans la province de Sienne, au pied du village de Castelnuovo dell'Abate. Elle domine une petite vallée proche du Val d'Orcia, paysage toscan inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Une fondation entourée de légende

La tradition attribue la fondation de l'abbaye à Charlemagne, qui aurait fait vœu de fonder un monastère en ce lieu. Cette origine relève de la légende, mais l'abbaye est bien attestée au début du IXe siècle : elle apparaît en 813 dans un acte de Louis le Pieux. Le monastère bénéficie ensuite de la protection impériale et accumule terres et privilèges.

L'église romane du XIIe siècle

L'abbaye connaît son apogée au XIIe siècle, époque de la construction de l'église actuelle, peut-être financée par une donation du comte Bernardo en 1118. Une inscription de la façade mentionne le nom du moine Azzo dei Porcari, présenté comme responsable des travaux.

L'édifice frappe par sa clarté et son unité. À l'intérieur, la nef est séparée des bas-côtés par des arcs en plein cintre reposant sur des colonnes monolithes. Le chevet, avec son abside arrondie et ses chapelles rayonnantes, s'oppose aux lignes droites du clocher à base carrée. Ce plan à déambulatoire, plus courant en France qu'en Italie, a souvent été rapproché des modèles d'outre-Alpes. La charpente de la nef a été refaite sous le pape Pie II, au XVe siècle, et porte les croissants dorés des armes de sa famille, les Piccolomini.

Ces éléments correspondent aux caractéristiques de l'art roman : arcs en plein cintre, volumes simples, lumière mesurée.

Le chapiteau de Daniel dans la fosse aux lions

Parmi les chapiteaux de la nef, l'un retient l'attention des historiens de l'art : il représente Daniel dans la fosse aux lions et est attribué au Maître de Cabestany. On y retrouve sa manière caractéristique : figure humaine aux traits marqués, lions puissants qui occupent les faces et les angles de la corbeille, traitement dense et expressif. Le même sujet figure au chevet de l'abbaye de Saint-Papoul, dans l'Aude, ce qui permet une comparaison passionnante entre les deux œuvres.

La présence du Maître en Toscane est confirmée par d'autres attributions dans la région, à San Giovanni in Sugana et à la cathédrale de Prato. Elle nourrit l'hypothèse d'un sculpteur itinérant, se déplaçant au gré des commandes entre le Roussillon, le Languedoc, la Catalogne et l'Italie. Voir notre inventaire des œuvres du Maître.

Le Maître en Toscane : Sugana et Prato

Sant'Antimo n'est pas la seule trace du Maître de Cabestany en Toscane. Une colonne sculptée provenant de l'église de San Giovanni in Sugana, près de San Casciano in Val di Pesa, au sud de Florence, lui est également attribuée. Elle présente des scènes de la Nativité et de l'enfance du Christ, un thème que l'on retrouve sur la frise du portail de l'église Sainte-Marie du Boulou, dans les Pyrénées-Orientales. La colonne est aujourd'hui conservée au musée d'art sacré de San Casciano.

À Prato, deux chapiteaux à animaux du cloître de la cathédrale Santo Stefano complètent ce corpus italien. Cette cathédrale est par ailleurs célèbre pour la relique de la ceinture de la Vierge, la Sacra Cintola, liée au récit de l'Assomption que le Maître a sculpté à Cabestany : voir notre article sur le tympan de Cabestany.

La question de la place de ces œuvres italiennes dans la carrière du Maître reste ouverte : certains chercheurs y voient le début de son parcours, d'autres un séjour plus tardif.

Autres éléments à observer

  • Le portail et la façade, sobres, qui contrastent avec la richesse du chevet.
  • Une fresque de la Crucifixion dans le bas-côté droit, avec saint Sébastien et un donateur agenouillé.
  • Des fonts baptismaux en pierre dans le bas-côté gauche.
  • Les vestiges de la salle capitulaire, aujourd'hui en ruine : la plupart des bâtiments conventuels ont disparu.

Une abbaye toujours habitée

Après une longue période de déclin à la fin du Moyen Âge, l'abbaye a été restaurée à partir du XIXe siècle. Une petite communauté religieuse y a fait revivre la liturgie au cours des dernières décennies, et le chant grégorien fait partie de l'identité du lieu. La composition et l'organisation de cette communauté ont évolué au fil du temps ; il est préférable de se renseigner sur place ou auprès des services touristiques de Montalcino pour connaître les offices ouverts au public.

Conseils de visite

Sant'Antimo est un lieu de culte : une tenue correcte et le silence sont de mise, en particulier pendant les offices. Le site se combine facilement avec Montalcino, Pienza ou San Quirico d'Orcia. Les horaires d'ouverture de l'église et des éventuelles visites guidées varient selon les saisons : vérifiez-les avant de partir auprès de sources officielles.

Questions fréquentes

Où se trouve l'abbaye de Sant'Antimo ?

En Toscane, sur la commune de Montalcino, dans la province de Sienne, au pied du village de Castelnuovo dell'Abate.

Quel est le lien entre Sant'Antimo et le Maître de Cabestany ?

Un chapiteau de la nef représentant Daniel dans la fosse aux lions est attribué au Maître de Cabestany, sculpteur actif dans la seconde moitié du XIIe siècle.

L'abbaye a-t-elle vraiment été fondée par Charlemagne ?

C'est une tradition légendaire. L'abbaye est en revanche bien attestée dès 813, dans un acte de Louis le Pieux.