Conservé dans l'église Notre-Dame-des-Anges de Cabestany, près de Perpignan, ce tympan de la seconde moitié du XIIe siècle est l'œuvre éponyme du Maître de Cabestany. Il met en scène la fin de la vie terrestre de la Vierge et sa glorification, un thème encore rare dans la sculpture romane. Pour le comprendre, il faut revenir aux récits de la Dormition et de l'Assomption.
Dormition et Assomption : de quoi parle-t-on ?
Les Évangiles ne disent rien de la fin de la vie de Marie. Ce silence a été comblé, dès les premiers siècles, par des récits dits apocryphes, regroupés sous le nom de Transitus Mariae (le « passage » de Marie). Ils racontent que les apôtres, dispersés dans le monde, furent miraculeusement réunis autour de la Vierge au moment de sa mort ; que le Christ vint lui-même recueillir son âme ; puis que son corps fut enlevé au ciel.
- La Dormition (en grec Koimèsis, l'endormissement) désigne la mort paisible de Marie, entourée des apôtres. C'est le thème privilégié de l'art byzantin : la Vierge est étendue sur son lit, le Christ debout derrière elle tient dans ses bras une petite figure emmaillotée qui représente son âme.
- L'Assomption désigne l'élévation de Marie au ciel, corps et âme. En Occident, on la représente par une Vierge portée par des anges, souvent dans une mandorle (une gloire en forme d'amande).
Ces traditions ont été largement diffusées au XIIIe siècle par la Légende dorée de Jacques de Voragine, qui en compile plusieurs versions. Le dogme de l'Assomption n'a été proclamé par l'Église catholique qu'en 1950, mais la fête du 15 août est célébrée depuis le haut Moyen Âge.
Saint Thomas et la ceinture
Un épisode connaît un grand succès en Italie et dans le monde méditerranéen : l'apôtre Thomas, arrivé trop tard, doute de l'Assomption, comme il avait douté de la Résurrection du Christ. Pour le convaincre, la Vierge lui laisse tomber du ciel sa ceinture. La cathédrale de Prato, en Toscane, revendique depuis le Moyen Âge la possession de cette relique, la Sacra Cintola. Il est d'ailleurs intéressant de noter que le cloître de cette même cathédrale conserve des chapiteaux attribués au Maître de Cabestany.
Que montre le tympan de Cabestany ?
Le tympan se lit comme un récit continu, en plusieurs moments. Les descriptions s'accordent pour y reconnaître, à gauche, la résurrection de la Vierge : le Christ, de grande taille, la relève de son tombeau, en présence d'apôtres (on identifie habituellement saint Pierre et saint Jean). À droite, la Vierge est élevée au ciel dans une mandorle portée par des anges : c'est l'Assomption proprement dite. Au centre, le Christ trône aux côtés de sa mère, et la figure de saint Thomas, associée au don de la ceinture, est généralement reconnue dans la composition.
Ce choix narratif, qui insiste sur la résurrection et l'élévation corporelle plutôt que sur la scène du lit mortuaire, distingue Cabestany de la Dormition byzantine classique. Il fait de ce tympan l'une des plus anciennes représentations sculptées de l'Assomption en Occident.
La signature d'un style
Le tympan réunit tous les traits qui ont permis d'identifier le Maître de Cabestany ailleurs :
- des visages triangulaires, au front bas et au menton écrasé ;
- des yeux en amande, encadrés de petits trous creusés au trépan ;
- des oreilles hautes et des mains aux doigts très longs, qui accentuent la gestuelle ;
- des drapés abondants, aux plis profonds, et un remplissage foisonnant de l'espace.
L'impression d'ensemble est celle d'une grande intensité : les corps sont massifs, les gestes amples, et le récit se déploie sans temps mort sur toute la surface.
Une découverte tardive
Longtemps encastré dans un mur de l'église, du côté du cimetière, le tympan n'a guère retenu l'attention jusqu'au XXe siècle. À partir du début des années 1930, des historiens et des artistes soulignent l'originalité de son style. Dans les années 1940, la comparaison avec d'autres sculptures de la région conduit à l'hypothèse d'un même auteur, que l'on baptise « Maître de Cabestany ». Le tympan est aujourd'hui présenté isolément dans l'église Notre-Dame-des-Anges. L'histoire de cette identification est détaillée dans la page Le Maître.
Un thème repris ailleurs
Le thème de l'Assomption se retrouve dans d'autres œuvres attribuées au Maître, notamment à Rieux-Minervois, dans l'Aude. Les correspondances de sujets entre les différents sites (Daniel dans la fosse aux lions, Nativité, animaux fantastiques) ont aidé les chercheurs à rassembler son œuvre. Notre inventaire des œuvres attribuées en dresse la liste.
Comment observer le tympan
Pour lire une composition aussi dense, il est utile de procéder par étapes : repérer d'abord les figures les plus grandes (le Christ, la Vierge), puis suivre le récit de gauche à droite, enfin s'attarder sur les détails (mains, plis, visages) qui révèlent la manière du sculpteur. Une paire de jumelles ou un bon zoom photographique aide beaucoup. Avant toute visite, renseignez-vous sur les conditions d'accès à l'église auprès de la commune de Cabestany.
Questions fréquentes
Où se trouve le tympan de Cabestany ?
Dans l'église Notre-Dame-des-Anges de Cabestany, commune voisine de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales.
Quelle est la différence entre Dormition et Assomption ?
La Dormition est la mort paisible de la Vierge, entourée des apôtres. L'Assomption est son élévation au ciel, corps et âme. Le tympan de Cabestany insiste sur la résurrection et l'élévation.
De quand date le tympan ?
Il est attribué au Maître de Cabestany, actif dans la seconde moitié du XIIe siècle. Aucune date précise n'est connue.
SUR LES PAS DU MAÎTRE DE CABESTANY
